Une femme libre et moderne

Chana Orloff figure parmi les plus grands sculpteurs du XXème siècle. La traversée d'épreuves exceptionnelles ont fait de cette artiste une femme libre, courageuse et généreuse.

Chana sculptant le "Prophète", 1911
Chana par Modigliani, 1912
Chana dans son atelier rue d'Assas
Chana dans ses nouveaux ateliers villa Seurat
Chana vers 1930
Chana vers 1955

Biographie

1888

Chana Orloff nait le 12 juillet à Tsaré-Constantinovska, petite ville d'Ukraine. Elle est la huitième d'une famille de neuf enfants. Sa mère et sa grand-mère sont sages-femmes. Son père est instituteur, puis suite à l'interdiction pour les juifs d'exercer ce métier, il devient commerçant.

1905

Sa famille émigre en Palestine. Son père devient ouvrier agricole. Chana aide ses parents en faisant des travaux de couture.

1910

Chana arrive à Paris et trouve une place d’apprentie-couturière dans la maison de haute couture Paquin.

1911

Encouragée par le couple Paquin, elle se présente au concours d'entrée de la Petite Ecole, devenue l'Ecole des Arts Décoratifs, elle est reçue deuxième. Elle réalise sa première sculpture, un portrait de sa grand-mère, d'après photo. Elle fréquente également l'Académie Marie Vassilief où elle rencontre de nombreux artistes de Montparnasse dont Picasso, Foujita, Apollinaire...

1912

Elle rencontre Modigliani et lui présente celle qui deviendra sa compagne : Jeanne Hébuterne. Modigliani dessine le portrait de Chana Orloff sur lequel est écrit en hébreu : Chana, fille de Raphaël.

1913

Première participation au Salon d'Automne.

1916

Chana épouse Ary Justman, poète polonais. Elle expose aux côtés de Matisse, Rouault, Van Dongen. Elle participe avec Ary à la revue d'avant-garde S.I.C. que vient de créer Pierre Albert-Birot. Parution des "Pensées poétiques" d'Ary Justman illustrées de reproductions de sculptures de Chana Orloff.

1918

Chana a un petit garçon, Elie, surnommé "Didi" dans ses portraits.

1919

Alors qu'il intervient comme infirmier dans la Croix Rouge américaine, Ary meurt de la grippe espagnole.

1919-1924

Chana Orloff devient une portraitiste reconnue de l'élite parisienne. Le portrait restera l'un de ses thèmes de prédilection.

1926

Chana obtient la nationalité française, la Légion d’Honneur lui est remise. Elle devient sociétaire du Salon d'Automne et expose à Paris et à Amsterdam. Elle fait construire sa maison-atelier par Auguste Perret, villa Seurat.

1927

Edition de la monographie "Chana Orloff, trente reproductions de sculptures et de dessins" par Edouard des Courrières, chez Gallimard et par Léon Werth aux éditions Crès.

1928

Premier voyage aux Etats-Unis. La galerie d'avant-garde Weyhe Gallery à New-York organise une exposition particulière reprise par de nombreuses galeries de la côte Est à la côte Ouest.

1930

Meïr Dizengoff, premier Maire de Tel-Aviv rend visite à Chana pour obtenir son soutien à la création du musée de Tel-Aviv.

1931-1934

Nombreux portraits de personnalités du monde des arts.

1935

Sa première exposition au musée de Tel-Aviv remporte un grand succès.

1937

Participation à l'exposition "les Maîtres de l'Art Indépendant" au Petit Palais avec une trentaine de sculptures.

1940

Chana Orloff mène une vie difficile et, bien que constamment en danger, continue à travailler. Elle effectue une série de petites pièces qu'elle nomme "sculptures de poche".

1942

A la veille de la rafle du Vel d'Hiv, elle est prévenue par deux amis français - son fondeur, Alexis Rudier qui sauvera nombre de ses œuvres et Jean Paulhan, que son arrestation est imminente. Elle quitte son atelier et s'enfuit, avec son fils, à Grenoble, puis à Lyon où ils retrouvent le peintre Georges Kars. C'est ensemble qu'ils réussiront à franchir la frontière franco-suisse.

1945

Elle expose à la galerie Georges Moos, à Genève; la critique est enthousiaste. Elle revient à Paris à la Libération. Elle retrouve son atelier saccagé et pillé par les nazis et se remet au travail.

1946

Elle expose à la Galerie de France une trentaine de sculptures et une série de dessins. La sculpture intitulée Le Retour, relatant le calvaire d'un déporté, bouleverse la critique. Interviewvée sur sa vie en Suisse, Chana Orloff raconte la fin de Georges Kars : incapable après la guerre de reprendre une vie normale, le peintre se suicide au lendemain de la Libération, sautant du deuxième étage de l'hôtel genevois où Chana Orloff l'avait installé la veille.

1946-1949

C'est la période des grandes rétrospectives et de la consécration définitive de Chana Orloff. Après Paris, l'artiste expose à Amsterdam, Oslo, New York, Chicago, San Francisco. "Quelle joie, écrit le poète Yvan Goll, de retrouver à New York, à la galerie Wildenstein, cette artiste puissante dont le visage et l’œuvre sont si familiers aux Montparnassiens... Les œuvres qu'elle nous présente chez Wildenstein attestent que sa poigne n'a rien perdu de sa vigueur et de sa force mâle, mais une profonde humanité enveloppe ses personnages de la tendresse amoureuse... "

1949

Chana arrive en Israël après une tournée triomphale en Europe et aux États-Unis. Elle expose au musée de Tel-Aviv, à Jérusalem et à Haifa. Elle s'installe à Tel-Aviv et réalise, entre autres, le portrait de David Ben-Gourion ainsi que la Maternité érigée au kibboutz Ein Guev à la mémoire de Chana Tuchman Alderstein, membre de ce kibboutz, tombée au cours de la guerre de libération.

1950-1960

Elle exécute de nombreux monuments liés à l'histoire de l'État d'Israël.

1961

Grande rétrospective au musée de Tel-Aviv, au musée Bezalel à Jérusalem, au musée d'Art moderne de Haifa et au musée d'Art de Ein Harod. Une partie des sculptures est ensuite présentée à la galerie Granoff, place Beauvau à Paris.

1965

Exposition au musée de Herzélia, Israël. Un important bas-relief en bronze, une Colombe de la paix, est dévoilé à la Maison de la Nation (Binyaneh-Ha'ouma) à Jérusalem.

1968

Chana Orloff arrive en Israël pour une exposition rétrospective au musée de Tel-Aviv, à l'occasion de son 80ème anniversaire. Tombée malade, elle s'éteint à l'hôpital de Tel Hashomer, près de Tel-Aviv, le 18 décembre 1968. Elle sera enterrée au cimetière Kriat Shaul à Tel-Aviv. Elie, son fils, fera poser sur sa tombe un monument funéraire sur lequel elle travaillait.