Une femme libre et moderne

Chana Orloff  est l'une des plus grandes sculptrices du XXème siècle.

La traversée d'épreuves exceptionnelles ont fait de cette artiste une femme libre, courageuse et généreuse.

1888

Chana Orloff nait le 12 juillet à Tsaré-Constantinovska, petite ville d'Ukraine. Elle est la huitième d'une famille de neuf enfants. Sa mère et sa grand-mère sont sages-femmes. Son père est instituteur, puis suite à l'interdiction pour les juifs d'exercer ce métier, il devient commerçant.

1905

Sa famille émigre en Palestine. Son père est devient ouvrier agricole. Chana aide ses parents en faisant des travaux de couture.

1910

Chana arrive à Paris et trouve une place d’apprentie-couturière dans la maison de haute couture Paquin.

1911

Elle est reçue deuxième au concours d'entrée de l’École des Arts Décoratifs. Elle réalise sa première sculpture, un portrait de sa grand-mère, d'après photo. Elle fréquente également l'Académie Marie Vassilief où elle rencontre de nombreux artistes  de Montparnasse dont Picasso, Foujita, Apollinaire...

Chana et le "Prophète" 1911

1912

Elle rencontre Modigliani et lui présente celle qui sera sa compagne : Jeanne Hébuterne. Modigliani dessine le portrait de Chana Orloff sur lequel est écrit en hébreu : Chana, fille de Raphaël.

1913

Première participation au Salon d'Automne.

1916

Chana se marie avec Ary Justman, poète polonais. Elle expose au côté de Matisse, Rouault, Van Dongen. Elle participe avec Ary à la revue d'avant-garde S.I.C. que vient de créer Pierre Abert-Birot. Parution des "Pensées poétiques" d'Ary Justman qui sont accompagnées de reproductions de sculptures.

1918

Chana a un petit garçon, Elie, surnommé"Didi" dans ses portraits.

Chana par Modigliani 1912

1919

Engagé dans la Croix Rouge américaine, Ary meurt de la grippe espagnole.

1919/1924

Chana Orloff devient au début des années vingt la portraitiste de l'élite parisienne. Le portrait restera l'un de ses thèmes de prédilection.

1925/1926

Chana obtient la nationalité française et la Légion d’Honneur. Elle devient sociétaire du Salon d'Automne. Elle expose à Paris et à Amsterdam. Elle fait construire sa résidence-atelier par Auguste Perret, villa Seurat.

1927/1929

1927 : Edition de la monographie "Chana Orloff, trente reproductions de sculptures et de dessins" par Edouard des Courrières, chez Gallimard et par Léon Werth aux éditions Crès.

1928 : Premier voyage aux Etats-Unis et exposition particulière à la galerie d'avant-garde Weyhe Gallery à New-York. Exposition reprise par de nombreuses galeries de la côte Est à la côte Ouest.

Chana dans son atelier rue d'Assas

1930

Meîr Dizengoff, premier Maire de Tel-Aviv rend visite à Chana pour qu'elle l'aide à créer le musée de Tel-Aviv.

1931/1934

Nombreux portraits de personnalités du monde des arts.

1935

Sa première exposition au musée de Tel-Aviv remporte un grand succès.

1937

Participation avec une trentaine de sculpture à l'exposition "les Maîtres de l'Art Indépendant" au Petit Palais.

1940/1942

Après l'exode, revenue à Paris alors occupé, Chana Orloff mène une vie difficile et, bien que constamment en danger, continue à travailler. Elle effectue une série de petites pièces qu'elle nomme "sculptures de poche".

A la veille de la rafle du Vel d'Hiv, elle est prévenue par deux amis français - son fondeur, le célèbre Rudier qui sauvera nombre de ses œuvres, et un haut fonctionnaire de la police - que son arrestation est imminente. Elle quitte son atelier et part, avec son fils, à Grenoble, puis à Lyon où ils rencontrent le peintre Georges Kars. Ils réussiront à franchir ensemble la frontière franco-suisse.

1945

Elle expose ses œuvres réalisées en Suisse à la galerie Georges Moos, à Genève; la critique est enthousiaste. Elle revient à Paris à la Libération. Elle retrouve son atelier saccagé et pillé par les nazis et se remet au travail.

Chana dans ses nouveaux ateliers villa Seurat.

Chana vers 1930

1946

Elle expose à la Galerie de France une trentaine de sculptures et une série de dessins. La sculpture intitulée Le Retour, relatant le calvaire d'un déporté, bouleverse la critique. Interrogée par des journalistes sur sa vie en Suisse, Chana Orloff parle surtout de Georges Kars. Incapable après la guerre de reprendre une vie normale, le peintre se suicide au lendemain de la Libération, sautant du deuxième étage de l'hôtel genevois où Chana Orloff l'avait installé la veille.

1946-1949

C'est la période des grandes rétrospectives et de la consécration définitive de Chana Orloff. Après Paris, l'artiste expose à Amsterdam, Oslo, New York, Chicago, San Francisco. "Quelle joie, écrit le poète Yvan Goll, de retrouver à New York, à la galerie Wildenstein, cette artiste puissante dont le visage et l’œuvre sont si familiers aux Montparnassiens... Les œuvres qu'elle nous présente chez Wildenstein attestent que sa poigne n'a rien perdu de sa vigueur et de sa force mâle, mais une profonde humanité enveloppe ses personnages de la tendresse amoureuse... "

1949

Chana arrive en Israël après une tournée triomphale en Europe et aux États-Unis. Elle expose au musée de Tel-Aviv, à Jérusalem et à Haifa. Elle travaille dans le pays et réalise, entre autres, le portrait de David Ben-Gourion ainsi que la Maternité érigée à Ein Guev à la mémoire de Chana Tuchman Alderstein, membre de ce kibboutz, tombée au cours de la guerre de libération.

Chana vers 1955

Chana vers 1955

1950-1960

Parallèlement à sa sculpture d'atelier, elle exécute de nombreux monuments liés à l'histoire de l'État d'Israël.

1961

Grande rétrospective au musée de Tel-Aviv, au musée Bezalel à Jérusalem, au musée d'Art moderne de Haifa et au musée d'Art de Ein Harod. Après Israël, l'exposition est présentée à la galerie Granoff, place Beauvau à Paris.

1965

Exposition au musée de Herzélia, Israël. Un important bas-relief en bronze, une Colombe de la paix, est dévoilé à la Maison de la Nation (Binyaneh-Ha'ouma) à Jérusalem.

1968

Chana Orloff arrive en Israël pour une exposition rétrospective au musée de Tel-Aviv, à l'occasion de son 80ème anniversaire. Tombée malade, elle s'éteint à l'hôpital de Tel Hashomer, près de Tel-Aviv, le 18 décembre 1968. Elle sera enterrée au cimetière Kriat Shaul à Tel-Aviv. Elie, son fils, fera poser sur sa tombe un monument funéraire sur lequel elle travaillait.