Première résidence-atelier de taille moyenne d'Auguste Perret

La villa Seurat

C’est en 1924 que commence l’histoire de la Villa Seurat. Jean Lurçat, peintre renommé et connu pour avoir renouvelé l’art de la tapisserie en France, et son frère André, jeune architecte, ont le projet de créer une cité d’artistes.

Ils choisissent ensemble un terrain au sud de Paris où se trouve un entrepôt de pommes et vont convaincre les artistes et amis de Jean de venir s’installer dans la « zone ». Jean est persuasif puisque notamment Robert Couturier, Marcel Gromaire, Edouard Goerg, et Chana Orloff décident de construire leurs maisons et ateliers.  Plus tard l’impasse accueillera aussi d’autres artistes importants comme Dali, Jean Vilar, Mario Prassinos, Chaïm Soutine, Anaïs Nin et Henry Miller. C’est là qu’en 1936 ce dernier écrivit « Tropique du Cancer ».

 

La ruelle prendra le nom de Villa Seurat, en hommage au peintre pointilliste. André Lurçat construira dans cette impasse huit maisons, avec en premier celle de Jean en 1924.


 

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Les ateliers Chana Orloff

Quand Lurçat l’invite à se joindre au projet, Chana Orloff est locataire d’un atelier rue d’Assas. Elle travaille et habite là avec son fils Elie. Le logement est assez vétuste.

Elle demande à Auguste Perret qu’elle connaissait pour avoir fait son portrait en 1923 de concevoir sa maison-atelier au 7 bis de la Villa Seurat. Celle-ci doit être fonctionnelle, adaptée à sa vie privée et professionnelle. Avant tout consacré à son activité, ce « travailloir » privilégie les volumes et la lumière. Il sera réalisé en béton armé. La construction commencée en avril 1926 se terminera en septembre de cette même année.

Alors que les architectes du Mouvement moderne – auquel appartient André Lurçat – réalisaient des façades lisses, dépouillées et sans modénature, celle des ateliers Chana Orloff affirme ses principes constructifs avec des poteaux et poutres en béton et une ambition décorative discrètes avec un appareillage de briques en quinconce.

Le programme de la construction est très simple : au rez-de-chaussée, un atelier d'exposition côté rue et un atelier de travail en fond de parcelle. Une galerie au premier étage, de faible hauteur offre une vue étonnante sur l'atelier d'exposition et les œuvres qui l'habitent. Un petit appartement avec deux chambres occupe le deuxième étage.

La qualité de la lumière naturelle est remarquable. L'atelier d'exposition est éclairé par une façade vitrée côté rue. L'atelier de travail, la cuisine, le séjour, le couloir d'accès au séjour, la salle d'eau bénéficient d'un éclairage zénithal.

L'aménagement intérieur a été conçu par deux amis : Francis Jourdain a dessiné les meubles de la salle à manger et Pierre Chareau ceux des deux chambres. Tissus et tentures ont aussi été signés par ce dernier et furent exécutées par Hélène Henri, mais tous ces aménagements ont disparu pendant la deuxième guerre mondiale.

facade